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mités. À vivre avec Guillaume il était devenu un pauvre clerc en écritures assurément, mais, pour la terre, nul ne savait comme lui le temps et l’engrais qu’il faut à l’ameublir, quelles semences lui profitent davantage, le nombre exact de mesures de fumier que donne par an une paire de bœufs et comment, au choix des chevaux de labour, il faut fixer les têtes petites, les oreilles droites, les garrots longs et maigres…

Paysan il était devenu, paysan il resta. Il se prit à son tour à cet amour de la terre, si fort qu’il tue tous les autres, et, réduit par la ruine des siens au verger paternel, il ne songea plus qu’à épargner pour l’arrondir. Demeuré seul à la mort de Guillaume Bozec, il épousa, quelques années plus tard, par mésalliance, la fille d’un cultivateur de Trégastel, Anne-Marie Corftir, qui lui apporta une dot de trois mille écus, grosse somme pour l’endroit et dont il acquit les prairies, l’étang et les landes avoisinantes. De ces landes il avait laissé les plus dures sous friche ; les plus légères, à fonds tourbeux, il les assécha soigneusement et, quand la terre fut bien égouttée, il la leva par grosses mottes, y jeta de la chaux et la rendit