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D’abord, comment l’œuf, qui a une structure morphologique si simple, donne-t-il, sous la simple influence de l’aération à une température constante, un être aussi complexe anatomiquement que l’est le poussin ? L’embryologie suit pas à pas la complication progressive qui résulte de l’activité chimique des substances vivantes de l’œuf dans les conditions de la couveuse. Cette complication se résume en deux phénomènes élémentaires, plus faciles à étudier chez des êtres moins élevés en organisation, l’assimilation et la division cellulaire. Sans nous proposer de connaître (ce que la chimie nous apprendra sans doute un jour) la structure moléculaire qui explique ces deux phénomènes élémentaires, contentons-nous de les considérer comme des manifestations de propriétés caractéristiques des substances vivantes dans les conditions de la couveuse ; alors la complexité apparente de l’embryologie disparaît, puisque toutes les métamorphoses qu’elle étudie se ramènent à des phénomènes élémentaires simples. Seulement, la division cellulaire ou multiplication mettant sans cesse en scène un nombre croissant d’acteurs et, d’autre part, les conditions individuelles de l’activité de chacun d’eux étant la conséquence de celle de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains, le phénomène d’ensemble qui résulte de phénomènes élémentaires simples acquiert rapidement un aspect infiniment embrouillé.

Il nous est donc à peu près impossible de suivre autrement que d’une manière toute grossière, la synthèse de ce qui se passe dans l’œuf pendant les trois semaines de l’incubation, mais il nous est également impossible de suivre, dans tous ses détails moléculaires, la genèse d’un tourbillon dans un fleuve ; notre