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n’y a plus aujourd’hui aucun savant méritant ce nom qui n’accepte pleinement le rôle de la sélection naturelle dans tous les phénomènes de la biologie générale ; mais en dehors des savants proprement dits, combien de critiques insensées sont adressées à ce principe par des gens qui ne l’ont pas compris ! Huxley dit que Darwin, dans son livre immortel, apporte trois genres de preuves à son hypothèse. Ce n’est pas vrai ; Darwin apporte des preuves de la possibilité d’expliquer la formation des espèces par la sélection naturelle, mais il n’apporte pas de preuve de la sélection naturelle elle-même et il n’en apporte pas parce qu’il n’y en a pas ; ce n’est pas une hypothèse, c’est une vérité évidente, une vérité de La Palice. Je ne reviens pas sur ce fait que j’ai déjà exposé ailleurs[1]. La persistance du plus apte est indiscutable pourvu que l’on sache bien quel est le plus apte dans les conditions considérées et que l’on n’oublie aucun des éléments qui entrent en jeu dans la lutte ; on y arrive d’une manière certaine si l’on veut bien définir a posteriori le plus apte, celui qui a persisté. Cela suffit à Darwin et vous voyez que, bien comprise, la sélection naturelle n’est même pas, comme on l’a dit souvent, un facteur de l’évolution, c’est une simple manière de raconter des faits qui sont de toute nécessité, manière infiniment précise et combien féconde ! Il faudrait ne jamais perdre de vue la remarque que je viens de faire, quand on lit les ouvrages de Darwin, surtout aux endroits où le grand biologiste, se laissant entraîner par son sujet, emploie un langage imagé dans lequel il personnifie la sélection naturelle et prête le flanc

  1. Les Théories néo-lamarckiennes, Revue philos., 1897, novembre, p. 461 et suiv.