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ments divers, le jeune poussin s’en sert avec une admirable dextérité sans avoir pour cela besoin d’aucune éducation. Il se tient debout sur ses pattes grêles, station verticale qui exige le jeu simultané d’un très grand nombre de parties diverses de son corps ; il marche, il s’étire paresseusement comme s’il était fatigué de son long emprisonnement. On a disposé à l’avance, dans la couveuse artificielle, une pâtée appétissante et un abreuvoir pourvu d’eau ; le poussin mange et boit, choisit les parties les plus tentantes de sa pâtée, et va même jusqu’à dérober un grain de mil resté adhérent au bec d’un de ses compagnons ; il se promène, regarde autour de lui et s’occupe le plus naturellement du monde ; quand il est fatigué il va se coucher et dort.

Toutes ces opérations qui demandent le fonctionnement d’un mécanisme extrêmement compliqué, le poussin les exécute sans hésitation et sans effort, comme s’il savait faire tout cela depuis fort longtemps. Il est même si naturel dans tous ses mouvements que bien des personnes le regarderont sans songer à s’étonner de sa coordination merveilleuse. Et cependant, que de sujets d’admiration pour un observateur réfléchi !

Comment ! Voilà un œuf qui se composait il y a trois semaines d’une masse amorphe de blanc et de jaune et qui aujourd’hui, par le seul jeu des forces de la nature, laisse éclore un poussin doué d’une telle complexité d’organisation et habitué à s’en servir ! Que lui a-t-il fallu pour cela ? De l’air et une température constante, et c’est tout ce que lui a fourni la couveuse artificielle. Y a-t-il un phénomène naturel plus extraordinaire ?