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culus ! Mais les progrès de la microscopie et de l’embryologie ne permettent plus de croire que ces gemmules affectent, dans le germe, comme dans la théorie de Buffon, une disposition analogue à celle des organes de l’adulte. Est-ce à dire que les gemmules de Darwin n’auront en commun avec les molécules de Buffon que la vertu représentative et seront dépourvues de la vertu déterminative qui amenait chacune d’elles à une place correspondant précisément à sa vertu représentative ?

Pas le moins du monde ; seulement, cette vertu déterminative, au lieu de s’exercer immédiatement entre les gemmules qui sont dans l’œuf fécondé, s’exercera au fur et à mesure du développement ; l’œuf se segmente plusieurs fois consécutivement de manière à donner naissance à toutes les cellules de l’organisme, mais ces cellules sont neutres par elles-mêmes et ne reçoivent leur différenciation que des gemmules qui y viennent.

Aussi les gemmules, grâce à leur vertu déterminative, se dirigent toutes comme il faut pour construire un adulte semblable aux parents ; celles de la phalangine du doigt indicateur gauche se rendront toutes là où doit se faire ce doigt indicateur gauche et y produiront qui un muscle, qui un os, qui un globule sanguin, suivant la vertu représentative de chacune. Et voilà ! Vous voyez bien qu’il y a toujours dans l’œuf un homunculus déguisé, inavoué, car si chaque gemmule n’a pas une place déterminée dans la morphologie de cet homunculus, elle a en puissance la propriété de la dessiner en grand dans l’adulte qui en proviendra. C’est peut-être encore plus compliqué que la théorie de Buffon et cela n’explique rien de plus ; c’est toujours la vertu dormitive de Molière.