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Il faut donc admettre, si la sélection naturelle appliquée aux animaux supérieurs doit expliquer à elle seule la complication progressive des espèces, il faut admettre, dis-je, que tous les caractères utiles ont apparu brusquement, une première fois, par hasard, comme Huxley le raconte pour les moutons ancons[1], hypothèse qui ne résiste pas à un examen scientifique sérieux. Autant vaudrait admettre qu’il s’est produit une première fois, par hasard, un œuf de poulet, ce qui trancherait toute difficulté.

Les néo-Darwiniens seraient sans doute moins intransigeants s’ils voulaient bien ne pas perdre de vue que les principes de Lamarck sont des conséquences directes de la sélection naturelle appliquée aux tissus.

Au lieu de raconter l’histoire de la formation des espèces en individualisant les agglomérations polyplastidaires que nous appelons animaux supérieurs, racontons-la en ne tenant compte que des plastides qui les constituent, comme si le monde était peuplé de plastides isolés. Alors, les néo-Darwiniens ont absolument raison, les variations sont absolument livrées au hasard, aucune n’étant déterminée par un but à atteindre, et c’est ultérieurement que la sélection naturelle intervient pour ne conserver que les plus aptes des variétés ; il y a adaptation après coup par sélection naturelle.

Mais les plastides isolés sont associés par groupes compacts (êtres supérieurs) dont chacun forme un ensemble assez distinct du reste du monde pour pouvoir être considéré comme un individu. Les plastides d’une telle agglomération ont une influence plus directe,

  1. Huxley, L’origine des espèces, Paris, 1892.