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longuement développé la théorie dans un livre récent[1]. Qu’il suffise de savoir que tous les phénomènes d’hérédité sont explicables par la sélection naturelle appliquée aux tissus.

Je prends, pour m’expliquer, un exemple bien connu, celui de la girafe, qui a été donné par Nœgeli comme une objection irréfutable aux théories néo-darwiniennes.

Considérons l’ancêtre de la girafe à une époque où, sans avoir le cou long, cet être était adapté aux conditions dans lesquelles il vivait ; tant que ces conditions ne changeaient pas, l’hérédité était absolue dans l’espèce, l’œuf fils était identique à l’œuf parent, l’espèce était fixée.

Surviennent des conditions nouvelles ; quelques-uns de ces animaux se trouvent amenés à vivre dans un pays où le feuillage des arbres peut seul leur fournir la nourriture nécessaire ; il faut que le cou des animaux soit sans cesse tendu et, naturellement, ce cou s’allonge par assimilation fonctionnelle. L’œuf fils subit une modification parallèle et telle que, arrivé à l’état adulte, le fils, même sans avoir fait les mêmes efforts, aurait un cou un peu plus long que le parent avant l’effort ; mais, les conditions restant les mêmes, le fils fait lui-même un effort semblable à celui du père de sorte que l’assimilation fonctionnelle lui donnera un cou plus long que celui du parent même après l’effort ; l’œuf petit-fils subira une modification parallèle et ainsi de suite, le cou s’allongera de génération en génération jusqu’au moment où il sera assez long pour qu’aucun effort ne soit plus nécessaire. Alors l’espèce

  1. Évolution individuelle et hérédité, Bibli. sc. internationale, Alcan, 1898.