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acquérir une ressemblance morphologique de plus en plus grande avec un amas de petits bouts de bois ; de même les Kallima sont arrivés à ressembler d’une manière merveilleuse aux feuilles des arbres sur lesquels ils vivent, mais une fois cette ressemblance obtenue, le mécanisme imitateur devenu inutile a naturellement disparu d’après la loi de Lamarck, laissant à sa place le caractère morphologique acquis. La sélection naturelle est intervenue en même temps pour conserver les individus les mieux protégés par une mimique parfaite ; je suis loin de nier l’importance capitale du principe de Darwin dans l’histoire du mimétisme, mais je crois que ce principe agissant seul pour la conservation de variations dues au pur hasard ne peut permettre d’expliquer que des cas de ressemblance assez vague, ou au moins ne portant pas sur des détails d’une minutie trop considérable. Ne trouvez-vous pas qu’il faut attribuer au hasard des caprices vraiment merveilleux pour admettre qu’il a produit un jour, sans raison, sur les feuilles du Kallima paralecta des taches identiques à « ces cicatrices que font les insectes herbivores quand, ne laissant que l’épiderme, ils dessinent sur la feuille de petites plages translucides » ; et croyez-vous aussi qu’en admettant que ce caractère particulier ait été produit une fois par hasard, il ait eu un rôle protecteur suffisant pour être fixé par la sélection naturelle ? N’est-il pas plus vraisemblable d’admettre qu’une ressemblance d’abord vague s’est précisée petit à petit, par cinétogénèse, à cause d’une imitation volontaire dont le mécanisme a disparu, mais dont nous connaissons des exemples si remarquables dans d’autres cas ? Quel dessin capricieux ne pourrait imiter par exemple le Callionymus