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cela sera tout naturel pour un insecte phasmidé que guette un oiseau. Les corps des animaux, dans leur variété infinie, doivent naturellement ressembler d’une manière plus ou moins vague à tel ou tel objet vivant ou brut ; si cette ressemblance peut être protectrice, il arrivera que beaucoup d’animaux sauront en tirer parti en s’ingéniant à imiter volontairement le corps qui leur ressemble le plus. Ils emploieront dans cette imitation volontaire toutes les ressources de leur mécanisme. Si le mécanisme ne leur permet pas d’imiter, ils n’imiteront pas, et en effet les cas de mimétisme sont, je le répète, des cas exceptionnels. Mais combien variés ont dû être ces mécanismes peauciers dont il ne reste plus aujourd’hui que de bien faibles traces ! Nous connaissons le jeu des chromoblastes des poissons et des crustacés ; ce jeu tend à disparaître dans beaucoup de cas pour faire place à des caractères morphologiques définitifs, mais avons-nous le droit d’affirmer qu’il n’existait pas chez les ancêtres des Kallima un jeu d’organes cutanés capable de leur permettre de simuler les imperfections des feuilles d’un arbre qu’ils avaient choisi comme habitat précisément à cause d’une ressemblance vague préexistante de leurs corps au repos avec ces feuilles ?

N’avons-nous pas nous-mêmes beaucoup de peine à nous persuader que nos ancêtres ont su hérisser volontairement leurs poils pour effrayer leurs ennemis ? Les bacilles (phasmides) qui ressemblent à des bâtons desséchés ont encore, dit Wallace, « la bizarre habitude de laisser pendre leurs pattes irrégulièrement, ce qui rend l’erreur encore plus facile ». À force de jouer au bâton desséché, et par un phénomène normal de cinétogénèse, ces insectes curieux sont arrivés à