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l’ancêtre commun de modifier le coloris de sa peau.

Une homochromie spécifique aura remplacé la faculté ancestrale d’accommodation.

J’ai fréquemment constaté un exemple de ce phénomène dans mes pêches à marée basse à Pleumeur en Bretagne. Il y a là une grande plage qui, aux plus petites marées, découvre d’un kilomètre environ, jusqu’à l’acore du banc sableux au delà de laquelle la mer ne se retire qu’aux très grandes marées. Les crevettes pêchées dans les flaques en deçà de l’acore du banc sont d’une teinte grisâtre légèrement opaque, s’harmonisant parfaitement avec le fond de sable sur lequel elles vivent ; les individus de la même espèce du genre Palœmon, péchés au delà de l’acore, en eau profonde, sont au contraire tout à fait transparents, avec des reflets verts ou rougeâtres, suivant les algues des fonds. Or le flot des grandes marées apporte souvent dans les flaques littorales les Palœmon d’eau profonde, et il arrive souvent, pendant les époques où la marée est très forte, que du même coup d’épuisette, dans les flaques du bord, on ramène à la fois des individus de la variété littorale et de la variété des fonds rocheux ; et ces deux variétés restent parfaitement distinctes par leur coloration, quelle que soit la durée du séjour des Palœmon d’eau profonde sur les fonds sableux ; voilà donc des variétés fixées ou tout au moins devenues très stables.

Comme dans tous les cas de cinétogénèse ou de dégénérescence par désuétude, la fonction chromatique de ces crevettes, soit qu’elle soit constamment exercée dans le même sens, soit qu’elle cesse de s’exercer, a donc fini par disparaître, se trouvant remplacée par un caractère définitif de coloration, et