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tinctif sera devenu une homochromie spécifique, caractère favorable que fixe la sélection naturelle. Une observation de G. Pouchet est très intéressante à cet égard : « La faculté qu’ont les animaux de changer de couleur peut être entretenue par l’exercice : comme toute fonction, elle est, faute d’exercice, bientôt plus ou moins abolie. L’expérience suivante le prouve : il s’agit d’un turbot que nous avons un jour trouvé à notre arrivée à l’établissement de Concarneau, vivant là depuis longtemps, avec d’autres turbots, dans une vasque à fond de sable. Tous étaient, en conséquence, à l’unisson avec la couleur de ce fond clair. Il fut choisi entre eux comme le plus pâle et placé sur fond brun, où il mit cinq jours à devenir foncé. Replacé sur le sable, il avait repris au bout de deux jours sa pâleur primitive. Remis alors de nouveau sur fond brun, il acquit en deux heures la teinte qu’il avait mis la première fois cinq jours à gagner[1]. »

Pouchet fait remarquer avec raison l’importance zoologique de cette influence si rapide de l’habitude. Si l’on démontre en effet que la fonction est entravée après un aussi court espace de temps que dans l’expérience relatée ci-dessus, on admettra facilement qu’elle puisse être abolie dans certaines circonstances, par exemple si l’espèce n’a pas eu pendant plusieurs générations l’occasion de l’exercer. Dès lors, la même souche d’animaux se trouvera avoir donné naissance à deux races différentes, l’une très pigmentée, l’autre très peu pigmentée, suivant les fonds où elles auront été cantonnées et qui auront toutes deux perdu, faute d’avoir l’occasion de l’exercer, cette faculté qu’avait

  1. Pouchet, op. cit., p. 73.