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cients (provenant d’une habitude anciennement acquise et conservés même alors qu’ils sont devenus parfaitement inutiles) dans le phénomène de la chair de poule qui se produit chez nous quand nous éprouvons une violente terreur. C’est un réflexe mimétique cutané, de même ordre que la réaction homochrome des turbots, que celui dont nous sommes sans cesse témoins chez les animaux velus. Regardez un chat qui fixe un chien en arrêt devant lui ; tout son poil se hérisse sous l’influence du sentiment d’horreur et de terreur qu’il éprouve, et le résultat de ce phénomène est de provoquer chez le chien une crainte suffisante pour le tenir à l’écart. Voilà un cas de mimétisme certain ; l’animal effrayé devient effrayant (horridus) par cela même qu’il est effrayé. Ce phénomène est-il volontaire chez le chat ? nous l’ignorons, quoique nous sachions qu’il est involontaire chez nous, mais il est probable qu’il a été volontaire autrefois. Et chez nous hommes, il est devenu non seulement involontaire, mais inutile, à cause de l’atrophie du système pileux de notre corps ; au lieu de devenir terribles nous avons seulement la chair de poule.

Voilà donc un premier résultat d’une habitude conservée pendant plusieurs générations ; de consciente et volontaire elle peut devenir inconsciente et instinctive. Ce n’est pas tout ; elle peut créer un caractère morphologique nouveau par cinétogénèse[1] ou assimilation fonctionnelle et disparaître ainsi en tant qu’habitude, l’acte étant remplacé par le caractère acquis que l’hérédité transmet ; le mimétisme volontaire ou ins-

  1. Voir, dans la Revue philosophique de 1897, Les théories néo-lamarckiennes et la Cinétogénèse de cope.