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Même parmi les animaux pélagiques, il y a des exceptions à la transparence, et ces exceptions sont en faveur du principe de Darwin, car elles portent sur les animaux les plus puissants et les plus rapides (requins, etc.) qui n’ont pas besoin d’une homochromie protectrice. On peut néanmoins se demander, en présence de cette transformation commune d’un si grand nombre d’êtres entièrement différents en types pélagiques, s’il n’y a pas là une action directe des conditions de milieu, ces conditions étant d’ailleurs d’une constance remarquable.

La conclusion du présent chapitre est que, dans certains cas au moins, on constate une imitation directe de la couleur du milieu par les animaux qui y vivent ; cette imitation est peut-être le résultat atavique d’une imitation volontaire antérieure fixée par l’habitude et l’hérédité et devenue ainsi involontaire ; la présente hypothèse va puiser une assez grande légitimité dans la constatation de certains faits faciles à observer encore aujourd’hui sur des espèces actuellement vivantes, je veux parler des faits du mimétisme homochromique volontaire.

Mimétisme homochromique volontaire. — Il y a certainement des cas où des animaux choisissent un habitat dans lequel leur couleur peut leur servir de défense ; ce choix peut devenir instinctif à la longue. Il y en a d’autres où les animaux ont la faculté d’imiter momentanément la couleur ou l’aspect du milieu dans lequel ils se trouvent, par une modification volontaire ou instinctive[1] de la couleur propre de leur peau.

  1. Je réunis ces deux cas sous la même rubrique du mimétisme volontaire, car je crois que personne aujourd’hui ne songe à attribuer aux instincts une origine autre que la fixation héréditaire d’actes primitivement volontaires, mais devenus inconscients par une longue habitude. Je fais naturellement les plus expresses réserves sur la nature même des phénomènes volontaires et sur leur liberté. (Voir le Déterminisme biologique, Paris, Alcan, 1897.)