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évidence une relation indéniable de la pigmentation avec la constitution individuelle et par suite avec le genre de vie. En 1827, Heusinger avait déjà établi que « la proportion de pigment dans l’épiderme est en raison inverse de la quantité du tissu adipeux sous-jacent au tégument ». Or, les animaux sauvages, à cause de leur vie beaucoup plus active et de leur nourriture moins régulièrement abondante, sont toujours plus maigres que les animaux domestiques ; il y a donc plus de chances pour que des variétés blanches apparaissent moins souvent à l’état sauvage, ce qui établit déjà, quoi qu’en ait dit Wallace, un rapport direct entre l’albinisme et la domesticité. La perruche ondulée qui se reproduit en volière perd souvent sa livrée verte coupée de lignes noires pour la remplacer par une robe dépigmentée d’un jaune uniforme.

Ce sont là des cas indéniables de variation lamarckienne, c’est-à-dire de variation sous l’influence directe des conditions de milieu[1]. Il n’est donc pas illogique de chercher si, indépendamment du caractère utilitaire que fixe la sélection naturelle, certaines ressemblances mimétiques, certains cas d’homochromie ne sont pas directement imputables à l’action du milieu. La robe fauve des habitants du désert est-elle due à une influence directe de la couleur du sol ? Livingstone rapporte qu’un chien barbet, qui le suivit dans ses explorations en Afrique, était à pelage

  1. Les conditions de milieu ne sont pas toujours faciles à analyser, mais on est obligé d’accepter, souvent sans la comprendre, l’influence directe de ces conditions prises en bloc. Par exemple, le climat de l’île de la Réunion fait blondir au lieu de noircir ; beaucoup de créoles y sont très blonds, et le moineau d’Europe, introduit depuis cinquante ans seulement, y a déjà pâli sensiblement.