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celles des feuilles. Cette modification spéciale atteint son maximum de perfectionnement dans le genre Phyllium. Celui-ci doit son nom « d’insecte feuille » à l’apparence extraordinaire de ses ailes et même de ses pattes et de son thorax qui sont aplatis et élargis, de telle sorte que l’observation la plus exacte permet à peine de distinguer l’insecte vivant des feuilles qui lui servent de nourriture.

« La famille des Phasmidés ou spectres, à laquelle cet insecte appartient, est tout entière plus ou moins imitative. Plusieurs de ses espèces sont connues sous le nom « d’insecte canne » à cause de leur rapport frappant avec de petites branches. Quelques-uns sont longs d’un pied et gros comme le doigt ; toutes leurs couleurs, leur forme, leurs rugosités, l’arrangement de la tête, des pattes et des antennes sont tels que leur apparence est celle de bâtons desséchés. Ils se suspendent à des buissons de la forêt et ont la bizarre habitude de laisser pendre leurs pattes irrégulièrement, ce qui rend l’erreur encore plus facile[1]. »

La dernière phrase de cette citation de Wallace prouve, chez les Phasmidés, une tendance soit instinctive, soit raisonnée à tirer le plus grand parti possible de leur ressemblance avec des corps bruts. Que cette ressemblance leur soit utile, cela est en effet hors de doute, mais qu’ils en tirent manifestement parti, cela pourra nous servir plus tard à discuter ce qu’il y a de fortuit et ce qu’il y a d’acquis dans ces caractères de ressemblance que la sélection naturelle conserve et développe, mais n’a pas fait apparaître. Je ne crois pas que le principe de Darwin, invoqué seul, puisse

  1. Wallace, op. cit., p. 62.