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un genre qui, en tout autre point du globe, ne comprend que des espèces colorées différemment, l’ours par exemple et le lièvre de l’Amérique polaire ; le bruant, le harfang des neiges sont blancs.

Les animaux nocturnes ont des couleurs sombres (souris, chauves-souris, taupes, hiboux[1]) ; les habitants des forêts à verdure persistante sont souvent verts (perroquets, pigeons verts, serpents verts des bananiers, etc.).

Les poissons qui vivent sur les fonds sableux ont la couleur du sable sur lequel ils se tiennent.

Tous ces faits sont trop connus pour qu’il soit nécessaire de les passer en revue avec plus de détail. Or, il est immédiatement évident, comme l’a fait remarquer Wallace, que cette homochromie est utile aux animaux qui en sont pourvus ; s’ils sont faibles, cela leur permet de n’être pas vus par leurs ennemis plus puissants ; s’ils sont forts, cela leur permet d’approcher leurs victimes sans être vus d’elles. Or, un caractère franchement utile à une espèce remplit précisément les conditions nécessaires et suffisantes pour être fixé par la sélection naturelle, mais, comment, dans le cas présent, s’est exercée cette sélection ?

L’instinct de la conservation, qui est, chez tout être vivant, le résultat héréditaire de toutes les acquisitions utiles à la défense de l’espèce au cours des générations ancestrales d’où il provient, porte l’animal à se

  1. À côté de cette homochromie des animaux nocturnes on peut placer aussi leur caractère silencieux (mimétisme acoustique). Rien n’est plus frappant que l’absence de bruit dans le vol de la chouette, caractère dû à ses plumes soyeuses. Au milieu du calme des nuits, les battements d’ailes d’un oiseau diurne préviendraient la proie convoitée.