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LE LOUP-GAROU

de la reconduire chez elle. La jeune fille n’eut garde de refuser. Le « pont » était pris. Une glace vive et miroitante couvrait toute la largeur du fleuve, depuis la rivière Portneuf jusqu’à la Ferme.

Il fallait entendre le trot rapide des chevaux, et le chant des « lisses » d’acier sur la route sonore. Les « balises » de sapin fuyaient, deux par deux, comme si elles eussent été emportées par un torrent. Mais les jeunes gens ne regardaient guère la plaine nouvelle, et n’écoutaient guère la sonnerie des grelots de cuivre. Ils se regardaient à travers le frimas léger qu’une buée froide attachait à leurs cils ; ils écoutaient la voix suave qui montait du fond de leurs cœurs.

Le voyage ne leur parut pas long. Ils avaient perdu l’idée de la distance et du temps. Ainsi font les heureux. Ceux qui souffrent éprouvent le contraire : le temps leur dure et le chemin n’a plus de bout. Misaël « enterra » le mardi gras auprès