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plus acharnés à alimenter le bûcher de l’évêque.

Cependant le combat ne se manifestait pas partout d’une façon aussi sanglante. On polémiquait toujours avec vivacité, et, il faut le dire, non à armes égales. L’arsenal était la Bible, mais les docteurs chrétiens la connaissaient mal. Ils ignoraient l’hébreu et se servaient de la version des Septante, qu’ils interprétaient d’une façon fort libre, allant même jusqu’à invoquer à l’appui de leur dogme des passages introduits dans les Septante par des faussaires pour les besoins de la cause. Les Juifs de langue grecque n’hésitaient pas à en faire autant, de telle sorte que cette traduction des Septante, déjà mauvaise, hérissée de contresens, était devenue propre à tout. Les premiers, les Juifs voulurent mettre entre les mains de leurs fidèles un texte épuré, c’est ce qui donna naissance à la traduction grecque scrupuleuse et littérale du prosélyte Aquilas, l’ami et le disciple de Rabbi Akiba. Ce n’est que plus tard que les chrétiens éprouvèrent le même besoin, et Origène donna ses Hexaples, dans lesquels se trouvait d’ailleurs la version d’Aquilas.

C’était une nécessité pour les apologistes chrétiens qui se trouvaient, en face des rabbanites, dans un sensible état d’infériorité, et Origène l’avait senti dans sa discussion sur la Trinité avec Rabbi Simlaï. Ces discussions entre docteurs juifs et docteurs chrétiens n’étaient pas rares et on vit entre autres à Césarée, le rabbin Abbahu disputer avec le médecin Jacob le Minéen, sur l’Ascension.