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Mais, en face de ces démonstrations hostiles, les Juifs n’étaient pas inactifs, et ils étaient pour le christianisme des adversaires redoutables. C’est sous leurs critiques que le dogme se constitua ; ce sont eux qui, par la subtilité de leur exégèse, par la fermeté de leur logique, obligèrent les docteurs chrétiens à préciser leurs arguments. Leur hostilité tourmentait d’ailleurs les théologiens ; malgré qu’ils se séparassent du Judaïsme, ils voulaient amener à eux les Juifs ; ils croyaient que le triomphe de Jésus ne serait assuré que le jour où Israël reconnaîtrait la puissance du Fils de Dieu ; et d’ailleurs cette croyance s’est perpétuée sous différentes formes. Il semble, au cours des âges, que l’Église ne sera rassurée sur la légitimité de sa foi que le jour où le peuple dont est sorti son Dieu sera converti au Galiléen. Ce sentiment était encore plus vivace au cœur des premiers Pères qu’il ne put l’être chez Bossuet et les Figuristes du dix-septième siècle qui discutèrent sur le rappel des Juifs. Il fallait donc vaincre l’exégèse juive, et pour cela lui emprunter ses armes, c’est-à-dire la Bible. On essaya de démontrer aux Juifs que les prophéties étaient accomplies, que Jésus était bien celui qu’avaient annoncé Isaïe et David ; on chercha même à leur prouver que les doctrines chrétiennes se trouvaient dans l’Ancien Testament, et on tira des démonstrations en faveur de la Trinité des premières paroles de la Genèse, ou de la rencontre d’Abraham avec les trois anges. Au cours des siècles, les défenseurs du Christ et les ennemis des Juifs n’employèrent pas d’autre méthode.