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tienté, apportaient avec eux toutes les haines et tous les préjugés grecs et romains contre les Juifs. D’un autre, les judéo-chrétiens, dès qu’ils eurent abandonné la communauté judaïque, devinrent plus acharnés encore que les gentils contre leurs frères d’Israël.

Dans les écrits des Pères apostoliques, nous trouvons reflétés ces divers sentiments, en même temps qu’apparaît le désir de séparer de plus en plus le christianisme du judaïsme ; et à mesure que se développe le dogme de la divinité de Jésus, les Juifs deviennent le peuple abominable des Déicides, ce qu’ils n’avaient pas été à l’origine. La synagogue n’est plus que la femme jadis féconde, selon les termes de la IIe Homélie clémentine ; et l’on considère que « la loi de Moïse n’a pas été faite pour les Juifs, qui ne l’ont pas comprise ». Ainsi s’exprime l’Épître de Barnabé, écrite sous le règne de Nerva (96), et qui reproduisait en grande partie les idées contenues dans le plus ancien des écrits apostoliques, c’est-à-dire la Didaché ou Doctrine des douze Apôtres, que l’on peut reporter à l’année 90[1].

Quant aux traditions pauliniennes, elles sont répercutées au commencement du deuxième siècle par les sept Épîtres d’Ignace d’Antioche, adressées aux Églises de Rome, de Magnésie, de Philadelphie, d’Éphèse, de Smyrne, de Tralles, et à l’évêque Polycarpe. Ces sept Épîtres combattent très vivement les docètes judaïsants et tâchent de préserver les fidèles de leurs doctrines.

  1. Doctrina duodecim Apostolorum, Ed. Funk, 1887.