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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/65

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point qu’on pourrait faire l’histoire du courant juif dans l’Église chrétienne, histoire qui irait de l’ébionisme primitif au protestantisme, en s’arrêtant aux unitariens et aux ariens, entre autres.

La seconde forme n’est autre que la forme mystique représentée par la gnose alexandrine et asiatique. Les Juifs alexandrins avaient, on le sait, subi l’influence du Platonisme et du Pythagorisme ; Philon fut même le précurseur de Plotin et de Porphyre dans ce renouveau de l’esprit métaphysique. Avec l’aide des doctrines hellènes, les Juifs interprétaient la Bible ; ils scrutaient les mystères qui y étaient contenus ; ils les allégorisaient et les développaient.

Partant religieusement du monothéisme et de l’idée du Dieu personnel, les Juifs d’Alexandrie devaient métaphysiquement arriver au panthéisme, à l’idée de la substance divine, à la doctrine des intermédiaires entré l’absolu et l’homme, c’est-à-dire aux émanations, aux Éons de Valentin ou aux Sephiroths de la Kabbale. Sur ce fond judaïque se superposèrent les apports des religions chaldéennes, persanes, égyptiennes, qui coexistaient à Alexandrie, et alors furent élaborées ces extraordinaires théogonies gnostiques, si multiples, si variées, si follement mystiques.

Quand le christianisme naquit, la gnose était déjà née ; les évangiles lui apportèrent de nouveaux éléments ; elle spécula sur la vie et la parole de Jésus, comme elle avait déjà spéculé sur l’Ancien Testament ; et lorsque les Apôtres s’adressèrent aux gentils,