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opposa à la restreinte doctrine judéo-chrétienne le principe de la catholicité.

Les luttes, on le sait, furent longues et ardentes, entre ces deux tendances du christianisme naissant que Pierre et Paul symbolisèrent. Toute la prédication apostolique de Paul fut un long combat contre les judaïsants ; mais le jour où l’Apôtre déclara que pour venir à Jésus il n’était pas besoin de passer par la synagogue, ni d’accepter le signe de l’antique alliance, la circoncision, ce jour-là, tous les liens qui rattachaient l’Église chrétienne à sa mère furent rompus et Jésus gagna les nations.

La résistance des judaïsants, qui voulaient être à Jésus et en même temps observer le sabbat et la Pâque, fut vaine, et vaine aussi leur répugnance à la conversion des gentils. Après les voyages de Paul en Asie Mineure, le catholicisme eut cause gagnée. Derrière l’Apôtre, il y eut une armée, et cette armée opposa à l’esprit juif l’esprit hellène et Antioche à Jérusalem.

La grande masse des judéo-chrétiens se détacha de l’étroite doctrine de la petite communauté de Jérusalem, et la ruine de la cité sainte la poussa à douter de l’efficacité de la loi ancienne. Ce fut un bien pour l’Église, au point de vue de son développement ultérieur. L’Ébionisme eût été sa mort. S’il eût écouté les Jérusalémites, le christianisme serait devenu simplement une petite secte juive. Pour devenir la foi du monde, il fallait que le christianisme laissât de côté le particularisme juif. En effet, les nouveaux