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leur attitude explique les âpres paroles que les Évangélistes mettent en la bouche de Jésus contre les pharisiens. Ces docteurs — ces Tanaïm — défendaient cependant leur foi religieuse ; ils agissaient comme agissent tous les soutiens des religions et des gouvernements consacrés vis-à-vis de ceux qui veulent leur donner assaut, et ils se conduisaient avec aussi peu de logique et d’intelligence. « Les Évangiles doivent être brûlés , dit le rabbin Tarphon, car le paganisme est moins dangereux pour la foi judaïque que les sectes judéo-chrétiennes. J’aimerais mieux chercher un refuge dans un temple païen que dans une assemblée judéo-chrétienne. » Il n’était pas le seul à penser ainsi, et tous les rabbins comprenaient en quel danger le judéo-christianisme mettait le judaïsme. Aussi n’était-ce pas à ceux qui prêchaient aux gentils qu’ils firent sentir d’abord leur colère, mais à ceux qui venaient chercher les brebis dans leur propre bercail ; et s’ils prirent des mesures, ce fut contre leurs apostats.

Quelques modernes interprétateurs du Talmud sont allés chercher dans les discussions et les décisions rabbiniques de cette époque des armes contre les Juifs, les accusant de haïr aveuglément tout ce qui ne portait pas le signe d’Israël ; mais ils ne paraissent pas avoir porté dans leur recherche toute la science et peut-être toute la bonne foi nécessaires.

Le Synhédrin de Jabné réglemente les rapports des Juifs et des minéens ; or, les minéens ne sont autres que les judéo-chrétiens, les Juifs considérés