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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/59

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Judée libre. Si quelques-uns, comme le voyant de l’Apocalypse, avaient horreur de Rome, ils n’avaient pas au même degré la passion de cette Jérusalem captive que les zélateurs voulaient délivrer : ils étaient des anti-patriotes.

Lorsque la Galilée tout entière se souleva à l’appel de Jean de Gischala, ils se tinrent coi ; et quand les Jérusalémites eurent triomphé de Cestius Gallus, les judéo-chrétiens, se désintéressant de l’issue de cette suprême lutte, s’enfuirent de Jérusalem, passèrent le Jourdain et se réfugièrent à Pella. Aux derniers combats que Bar Giora, Jean de Gischala et leurs fidèles livrèrent à la puissance romaine, aux légions aguerries de Vespasien et de Titus, les disciples de Jésus ne prirent pas part ; et quand Sion s’écroula dans les flammes, ensevelissant sous ses ruines la nation d’Israël, aucun chrétien ne trouva la mort dans les décombres.

On comprend dès lors comment, dans ces temps exaltés, avant, pendant et après l’insurrection, pouvaient être traités ceux, judéo et pagano-chrétiens, qui disaient avec saint Paul : « Il faut se soumettre à l’autorité de Rome ». Néanmoins, à ces fureurs de patriotes que soulevait l’Église naissante, d’autres venaient se joindre : les colères des rabbins contre le prosélytisme chrétien.

A l’origine, les relations des judéo-chrétiens et des Juifs furent assez cordiales. Les partisans des Apôtres et les Apôtres eux-mêmes reconnaissaient la sainteté de l’ancienne loi ; ils pratiquaient les rites du