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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/58

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de la loi, et, comme tels, ils étaient dédaignés par les docteurs orgueilleux de la Judée. Cette déconsidération tomba sur les premiers disciples de Jésus, dont quelques-uns d’ailleurs appartenaient à des classes détestées, celle des publicains, par exemple.

Néanmoins, cette origine des chrétiens primitifs, si elle leur valait la déconsidération des Juifs, n’allait pas jusqu’à exciter leur haine ; il fallut à cela des causes plus graves, dont une des premières fut le patriotisme juif.

Le christianisme arrivait en effet, ou tout au moins commençait à se développer, au moment où la nationalité judaïque tentait de s’arracher au joug de Rome. Offensés dans leur sentiment religieux, malmenés par l’administration romaine, les Juifs sentaient s’accroître leur désir de liberté, et leur animosité contre Rome. Des bandes de zélateurs et de sicaires parcouraient les montagnes de Judée, entraient dans les villages et se vengeaient de Rome sur ceux même de leurs frères qui s’inclinaient sous la domination impériale. Or, si les zélateurs et les sicaires frappaient les Sadducéens à cause de leurs complaisances pour les procurateurs romains, ils ne pouvaient ménager les disciples de celui à qui l’on prêtait cette parole : « Rendez à César ce qui est à César. »

Absorbés dans l’attente du prochain règne messianique, les chrétiens de ce temps-là — je parle des judéo-chrétiens — étaient des « sans patrie » ; ils ne sentaient plus leur âme s’émouvoir à l’idée de la