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pulation contre eux ; en Ionie où, sous Auguste, les villes grecques s’entendirent pour obliger les Juifs, soit à renier leur foi, soit à supporter à eux seuls les charges publiques.

Mais il est impossible de parler des persécutions juives sans parler des persécutions chrétiennes. Longtemps Juifs et chrétiens, ces frères ennemis, furent unis dans le même mépris, et les mêmes causes qui avaient fait haïr les Juifs firent haïr les chrétiens. Les disciples du Nazaréen apportaient dans le monde antique les mêmes principes de mort. Si les Juifs disaient de délaisser les dieux, d’abandonner époux et père et enfant et femme pour venir à Jéhovah, Jésus disait aussi : « Je ne suis pas venu unir, mais séparer. » Les chrétiens, pas plus que les Juifs, ne s’inclinaient devant l’aigle, pas plus qu’eux ils ne se prosternaient devant les idoles. Comme les Juifs, les chrétiens connaissaient une autre patrie que Rome, comme eux ils oubliaient leurs devoirs civiques plutôt que leurs devoirs religieux.

Aussi, aux premières années de l’ère chrétienne, on englobait la Synagogue et l’Église naissante dans la même réprobation. En même temps qu’on chassait de Rome quelques Juifs, on expulsait « un certain chrestus[1] » et ses partisans. Ils se chargèrent mutuellement de démontrer aux hommes qu’on ne les devait pas confondre ; et à peine le christianisme se put-il faire entendre qu’il rejeta à son tour la descendance d’Abraham.

  1. Suétone, Claude, 25.