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gieuses; et on peut même affirmer, quelque étrange que cela paraisse, que le motif de l’antijudaïsme romain fut un motif religieux.

La religion romaine ne ressemblait en rien au polythéisme admirable et profondément symbolique des Grecs. Elle était moins mythique que rituelle, elle consistait en coutumes intimement liées, non seulement à la vie de tous les jours, mais encore aux différents actes de la vie publique. Rome faisait corps avec ses dieux, sa grandeur semblait liée à l’observance rigoureuse des pratiques de la religion nationale ; sa gloire était attachée à la piété de ses citoyens, et il semble même que le Romain ait eu, comme le Juif, cette notion d’un pacte intervenu entre les divinités et lui, pacte qui devait être de part et d’autre scrupuleusement exécuté. Quoi qu’il en soit, le Romain était toujours en face de ses dieux ; il ne quittait son foyer, où ils habitaient, que pour les retrouver au Forum, sur les voies publiques, au sénat et aux camps même, où ils veillaient sur la puissance de Rome. En tout temps, en toute occasion, on sacrifiait ; les guerriers et les diplomates se guidaient d’après les augures, et toute magistrature, civile ou militaire, tenait du sacerdoce, car le magistrat ne pouvait remplir sa charge que s’il connaissait les rites et les observances du culte.

C’est ce culte qui, durant des siècles, soutint la République et l’Empire, et les prescriptions en furent jalousement gardées ; quand elles s’altérèrent, quand les traditions s’adultérèrent, quand les règles furent