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capital ne paraît pas devoir sortir vainqueur. Fondée sur le mensonge, sur l’intérêt, sur l’égoïsme, sur l’injustice et sur le dol, la société actuelle est destinée à périr. Quelque brillante qu’elle paraisse, aussi resplendissante qu’elle soit, raffinée, luxueuse et superbe, elle est frappée à mort ; moralement elle est condamnée. La bourgeoisie qui détient la force politique, parce qu’elle détient la force économique, usera vainement de ses pouvoirs, en vain elle fera appel à toutes les armées qui la défendent, à tous les tribunaux qui la gardent, à tous les codes qui la protègent, elle ne pourra résister aux lois inflexibles qui, de jour en jour, tendent à substituer la propriété commune à la propriété capitaliste.

Tout concourt à amener ce résultat. De ses propres mains la classe des possédants se déchire ; si une catégorie de possesseurs veut égoïstement se défendre, elle combat inconsciemment contre elle-même, et pour l’avènement de ses ennemis. Toute lutte intestine des détenteurs du capital ne peut qu’être utile à la révolution. En dénonçant les capitalistes juifs, les capitalistes chrétiens se dénoncent eux-mêmes, et ils contribuent à ruiner les fondements de cet état dont ils sont les plus ardents défenseurs. Ironie des choses, l’antisémitisme qui est professé surtout par les conservateurs, par ceux qui reprochent aux Juifs d’avoir été les auxiliaires des Jacobins de 89, des libéraux et des révolutionnaires de ce siècle, l’antisémitisme se fait l’allié de ces mêmes révolution-