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létaires, qui ne subissent pas le patronat juif plus durement que le patronat catholique, au contraire, car là, c’est le nombre des patrons qui importe, et ce ne sont pas les Juifs qui sont le nombre. Voilà ce qui explique pourquoi l’antisémitisme est une opinion bourgeoise, et pourquoi il est si peu répandu, sinon à l’état de vague préjugé, dans le peuple et dans la classe ouvrière.

Cette guerre capitaliste ne se manifeste pas de la même façon partout ; elle présente deux aspects selon qu’elle provient d’une opposition entre deux formes du capital, ou de la concurrence entre les possesseurs du capital industriel et financier.

Le capital foncier, dans sa lutte contre le capital industriel, est devenu antisémite, parce que le Juif est pour le propriétaire territorial le représentant le plus typique du capitalisme commercial et industriel. Ainsi, en Allemagne, les agrariens protectionnistes sont hostiles aux Juifs qui sont au premier rang des libres-échangistes. Les Juifs sont opposés par essence et par intérêt à la théorie physiocratique qui attribue la souveraineté politique aux possesseurs de la terre, et ils soutiennent la théorie industrielle qui fait du pouvoir l’apanage de l’industrie. Certes, Juifs et agrariens sont peut-être, individuellement, inconscients du rôle qu’ils jouent dans cette bataille économique, mais leur animosité réciproque n’en vient pas moins de là.

Le petit bourgeois, le menu commerçant que l’agio dévore a une plus nette conscience des raisons de son