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siècle interdit à un Juif, sous peine d’anathème, de traduire un coreligionnaire devant un tribunal chrétien. La communauté juive, le Kahal, était armée contre ceux qui manquaient au devoir de la solidarité ; elle les frappait d’anathème et prononçait contre eux le Cherem-Hakahal[1]. Cette excommunication atteignait tous ceux qui se dérobaient à leurs obligations envers la collectivité : ceux qui refusaient d’avouer leur avoir pour échapper à la contribution que devait payer la synagogue, ceux qui, passant un acte avec un coreligionnaire, ne faisaient pas signer cet acte par le notaire de la communauté, ceux qui ne voulaient pas se soumettre à la décision que le Kahal avait prise dans l’intérêt commun[2], ceux enfin qui attaquaient par leurs écrits la Bible et le Talmud et travaillaient à la destruction de l’unité d’Israël ; Mardochée Kolkos, Uriel Acosta, Spinoza furent parmi ces derniers.

Les siècles, l’action des lois hostiles, l’influence des prescriptions religieuses, le besoin de la défense individuelle, accrurent donc, chez les Juifs, le sentiment de la solidarité. De nos jours encore, dans les pays où les Juifs sont sous un régime d’exception, l’organisation puissante du Kahal subsiste. Quant aux Juifs émancipés, ils ont rompu les cadres étroits des anciennes synagogues, ils ont abandonné la législation des communautés d’antan, mais ils n’ont pas

  1. Anathème de la communauté.
  2. Maurice Aron : Histoire de l’excommunication juive, (Nîmes, A. Catélan, 1882).