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d’Amérique, appartiennent à la classe bourgeoise. Or, il est incontestable que si ces deux millions de Juifs n’étaient rien il y a cent ans, ils sont beaucoup aujourd’hui. Par leur développement, par leurs richesses, par leur situation, ils occupent une place qui paraît peu proportionnée à leur importance numérique. Comparativement au gros de la population, ils sont une poignée, et cependant ils tiennent un rang tel qu’on les aperçoit partout et qu’ils semblent être légion. Il est vrai qu’il ne faut pas, ce qu’on fait en général, les comparer à la population totale, puisqu’ils n’habitent généralement pas les campagnes, et vivent dans des villes d’une relative importance ; si on veut des éléments exacts de la statistique, il faut les rapprocher de ceux de leur classe, c’est-à-dire de la bourgeoisie commerçante, industrielle et financière, mais, même en réduisant la comparaison à ces deux termes : juifs et bourgeois, cette comparaison est à l’avantage du Juif [1]. Pourquoi cette prépondérance ? Quelques Juifs se plaisent à dire qu’ils doivent leur suprématie économique à leur supériorité intellectuelle. Cela n’est

  1. Habituellement on compare les deux millions de Juifs détenteurs de capitaux (à divers degrés) à la totalité des populations chrétiennes. On néglige la majorité ouvrière des Juifs artisans et prolétaires. Si l’on veut considérer les Juifs comme une nation, nation sans territoire fixe, il faut d’abord examiner s’il n’existe pas chez eux une classe de salariés et une classe capitaliste, ce que je viens de montrer, ensuite rapprocher cette classe capitaliste juive de la classe capitaliste chrétienne. De cette façon seulement on arrivera à une statistique comparative exacte et à une juste appréciation des choses.