Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/380

Cette page a été validée par deux contributeurs.


lui des codes ennemis, des réglementations dures ; au-dedans il se heurta à tout un système compliqué de défenses. Hors du ghetto il trouva la contrainte légale, dans le ghetto il trouva la contrainte talmudique. S’il tentait d’échapper à l’une, mille châtiments l’attendaient ; s’il voulait se soustraire à l’autre, il s’exposait au hérem, à l’excommunication redoutable qui le laissait seul au monde. Il ne fallait pas songer à attaquer de front ces deux puissances, aussi le Juif essaya-t-il de triompher d’elles par la ruse et l’une et l’autre développèrent en lui l’instinct de cautèle. Il devint d’une ingéniosité rare, d’une peu commune subtilité ; sa finesse naturelle s’accrut, mais elle fut employée bassement : à tromper un dieu rigoriste et d’inflexibles souverains. Le Talmud et les législations antijuives corrompirent profondément le Juif. Conduit par ses docteurs d’une part, par les légistes étrangers de l’autre, par maintes causes sociales aussi[1], à l’exclusive pratique du commerce et de l’usure, le Juif fut avili ; la recherche de l’or, recherche poursuivie sans trêve, le dégrada, elle affaiblit en lui la conscience, elle l’abaissa, elle lui donna des habitudes de fourberie. Dans cette guerre que, pour vivre, il dut livrer au monde et à la loi civile et religieuse, il ne put sortir vainqueur que par l’intrigue, et ce misérable, voué aux humiliations, aux insultes, obligé de baisser la tête sous les coups, sous les avanies, sous les invectives, ne

  1. Ch. V.