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objet de mépris pour tous, offert aux insultes et aux avanies ; on le retrouva après la tempête affranchi, libéré de toute contrainte et, d’esclave, devenu maître. Cette rapide ascension choqua ; on fut offusqué par cette richesse que le Juif avait acquis le droit d’étaler, et on se souvient du vieux grief des pères, du grief de l’antijudaïsme social : l’or du Juif est conquis sur le chrétien ; il est conquis par le dol, la fraude, la déprédation, par tous les moyens et principalement par les moyens condamnables. C’est ce que j’appellerai le grief moral de l’antisémitisme, il se résume ainsi : le Juif est plus malhonnête que le chrétien ; il est dépourvu de tous scrupules, étranger à la loyauté et à la franchise.

Ce grief est-il fondé ? Il l’a été et il l’est encore dans tous les pays où le Juif est maintenu hors de la société, où il reçoit exclusivement l’éducation talmudique, où il est en butte aux persécutions, aux insultes, aux outrages, où l’on méconnaît en lui la dignité et l’autonomie de l’être humain. L’état moral du Juif a été fait par lui-même et par les circonstances extérieures, son âme a été pétrie par la loi qu’il s’est donnée et par la loi qu’on lui imposa. Or, il fut doublement esclave pendant des siècles : il fut le serf de la thorah et le serf de tous. Il fut un paria, mais un paria que ses docteurs et ses guides maintinrent dans une servitude plus étroite que l’antique servitude d’Égypte. Au-dehors, mille restrictions entravèrent sa marche, arrêtèrent son expansion, s’opposèrent à son activité ; il rencontra devant