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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/369

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une importance capitale ; en Perse, il était rédempteur et délivrait ceux qui se soumettaient aux pratiques du Taurobole et du Kriobole[1]. Le moyen âge fut hanté par le sang comme il fut hanté par l’or. Pour les alchimistes, pour les goëtes, le sang était le véhicule de la lumière astrale. Les élémentaires, disaient les mages, s’emparent du sang perdu pour s’en faire un corps, et c’est dans ce sens que Paracelse dit que le sang que perdent les hommes crée des fantômes et des larves. On attribuait au sang, surtout au sang vierge, des vertus inouïes ; le sang était guérisseur, évocateur, préservateur, il pouvait servir à la recherche de la pierre philosophale, à la composition des philtres et des enchantements[2]. Or, il est fort probable, certain même, que des Juifs magiciens durent immoler des enfants ; de là, la formation de la légende du sacrifice rituel. On établit

  1. C’était une croyance grecque que les lares demandaient du sang pour se manifester. On connaît la façon dont Ulysse évoqua Tirésias (Odyssée : Rhapsodie XI) en sacrifiant des victimes dont les ombres venaient boire le sang. De même Cicéron accusa Vatinius d’égorger des enfants pour attirer les mânes avec leur sang. Chez les Celtes aussi, le sang jouait un grand rôle. Quand Wortiger, roi des Bretons, sur le conseil des druides, voulut bâtir au pays des Gals une forteresse pour se défendre des Anglais et des Saxons, Merlin arrosa les fondements de l’édifice avec le sang d’un enfant.
  2. Il suffit de rappeler le procès du maréchal de Retz et le maréchal ne fut pas un cas isolé. Jusqu’au dix-huitième siècle on pratiqua encore des messes noires dans lesquelles des enfants étaient sacrifiés. Quant au pouvoir thérapeutique du sang, on y crut longtemps. Louis XV ne fut-il pas accusé par la rumeur populaire de prendre des bains de sang ?