Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/352

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fougue libertaire des révoltés hébraïques dans l’enthousiaste Ferdinand Lassale.

Mais je n’ai esquissé là, à gros traits, que la fonction du Juif dans le développement de certaines idées qui contribuèrent à la révolution générale ; je n’ai pas dit comment il se montra dans l’action révolutionnaire et de quelle façon il y aida. Qu’il ait été un ferment d’évolution économique, je pense l’avoir déjà montré à plusieurs reprises[1] ; fut-il aussi ce que les conservateurs l’accusent d’avoir été ; c’est-à-dire un agent de désordre : l’ordre et l’harmonie étant représentés par la monarchie chrétienne. S’il en fallait croire Barruel, Crétineau-Joly, Gougenot des Mousseaux, Dom Deschamps, Claudio Jannet, tous ceux qui ne voient dans l’histoire que l’œuvre des sociétés secrètes, l’importance des Juifs dans les révolutions et les bouleversements sociaux serait capitale. Or il est impossible d’admettre cette conception pseudo-historique. Assurément, pendant les dernières années du dix-huitième siècle, les associations clandestines prirent une grande importance ; si elles ne furent pas les élaboratrices des théories humanitaires, rationalistes et anti-autoritaires, elles les propagèrent merveilleusement, et en outre elles furent de grandes agitatrices. On ne peut nier que l’illuminisme et le martinisme n’aient été de puissants préparateurs de révolutions,

  1. J’espére le montrer mieux encore dans mon Histoire économique des Juifs, dont le Rôle des Juifs dans la Révolution ne formera qu’une partie.