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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/350

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d’un côté par la destruction lente de l’état chrétien et l’affaiblissement de l’autorité religieuse, d’un autre côté par une évolution économique. Je viens d’indiquer très brièvement quel avait été le rôle idéologique du Juif pendant le Moyen Âge, au moment de la Réforme et pendant la Renaissance italienne où des Juifs averroïstes, comme Élie del Medigo, professèrent à cette université de Padoue, dernier refuge de la philosophie arabe[1]. On pourrait le poursuivre en montrant par exemple ce que Montaigne, ce demi-juif, doit à ses origines, et s’il n’en tira pas son scepticisme et son incrédulité.

Il faudrait encore étudier le rationalisme exégétique de Spinoza et ses rapports avec la critique chrétienne des livres sacrés ; il faudrait montrer quels sont les éléments juifs de la métaphysique de celui que ses contemporains présentèrent comme le prince des athées[2] et qui fut, selon Schleiermacher, ivre de Dieu, il faudrait enfin suivre l’influence du spinosisme dans la philosophie, surtout à la fin du

  1. J. Burckhart : La civilisation en Italie au temps de la Renaissance (Paris, 1885).
  2. Sur Spinoza et l’athéisme, lire la Vie de Spinoza par Colerus, qui fut de ses adversaires, et parmi les nombreux ouvrages publiés contre Spinoza et l’athéisme au dix-septième siècle, voir le De Tribus impostoribus de Kortholt, où revit la légende de l’Averroïsme : voir encore le traité du docteur Musaeus, professeur de théologie à Jene « homme de grand génie », dit le bon Colerus qui « Spinoza pestilentium foetum acutissimis, queis solet telis confodit ». On connaît aussi les caricatures diaboliques de Spinoza qui furent publiées avec cette légende : « Signum reprobationis in vultu gerens. »