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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/335

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donnée à la terre, et c’est à la raison humaine qu’il appartient de la comprendre et de l’expliquer[1]. »

Si les paroles divines étaient ainsi accueillies quand elles se permettaient de violenter les individus et de vouloir imposer à la raison humaine une volonté étrangère à sa volonté propre, comment étaient acceptées les paroles humaines ! M. Renan a eu raison lorsqu’il a dit des Sémites : « Rien ne tient donc dans ces âmes contre le sentiment indompté de moi[2] », et cela est plus spécialement vrai des Juifs.

Après Iahvé, ils ne crurent qu’au moi. A l’unité de Dieu correspondit l’unité de l’être ; au Dieu absolu, l’être absolu. Aussi la subjectivité fut-elle toujours le trait fondamental du caractère sémitique ; elle conduisit souvent les Juifs à l’égoïsme, et cet égoïsme s’exagérant chez quelques Talmudistes, ils finirent par ne plus guère connaître, en fait de devoirs, que les devoirs envers soi-même. C’est cette subjectivité qui, tout autant que le monothéisme, explique l’incapacité que montrèrent les Juifs dans tous les arts plastiques. Quant à leur littérature, elle fut purement subjective ; les prophètes juifs, comme les psalmistes, comme les poètes de Job et du Cantique des Cantiques, comme les moralistes de l’Ecclésiaste et de la Sagesse, ne connurent qu’eux-mêmes, et ils généralisèrent leurs sentiments ou leurs sensations personnelles. Cette subjectivité permet aussi de comprendre pourquoi de tout temps, de nos jours encore,

  1. Talmud : Baba Mezia 59 a.
  2. Ernest Renan : Histoire générale des langues sémitiques.