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droit et parle vrai, — qui méprise un gain acquis par extorsion — qui secoue les mains pour repousser les présents — qui ferme son oreille quand on lui parle de sang — qui clôt ses yeux pour ne pas voir le mal[1]. » Ils indiquaient aux riches leur devoir, et ils parlaient au nom de Iahvé : « Voici le jeûne que j’aime. C’est de rompre les chaînes de l’injustice ; de dénouer les liens de tous les jougs ; de renvoyer libres ceux qu’on opprime ; de briser toute servitude. C’est de partager son pain avec l’affamé, de donner une maison au malheureux sans asile[2]. »

Au retour de Babylone, la population juive forma un noyau considérable de pauvres, justes, pieux, humbles, saints. Une grande partie des Psaumes sortit de ce milieu. Ces psaumes sont, pour la plupart, des diatribes violentes contre les riches ; ils symbolisent la lutte des ébionim contre les puissants. Quand les psalmistes parlent aux possesseurs, aux repus, ils disent volontiers, avec Amos : « Écoutez-moi, mangeurs de pauvres, grugeurs des faibles du pays[3] », et dans tous ces poèmes, écrits entre l’exil de Babylone et les Machabées (585 et 167), le pauvre est glorifié. Il est l’ami de Dieu, son prophète, son oint ; il est bon, ses mains sont pures ; il est intègre et juste ; il fait partie du troupeau dont Dieu est le berger.

Le riche est le méchant, c’est un homme de vio-

  1. Isaïe. XXXIII, 15.
  2. Isaïe, LVIII, 6, 7.
  3. Amos, VIII, 4.