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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/322

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tout ce qui en retardait l’avènement provoquait sa colère.

Les peuples qui ont cru à l’au-delà, ceux qui se sont bercés de chimères douces et consolantes, et se sont laissés endormir par le songe de l’éternité ; ceux qui ont possédé le dogme des récompenses et des châtiments, du paradis et de l’enfer, tous ces peuples ont accepté la pauvreté, la maladie, en courbant la tête. Le rêve des jubilations futures les a soutenus, et ils se sont accommodés, sans fureur, de leurs ulcères et de leur dénuement. Ils se sont consolés des injustices de ce monde, en pensant à l’allégresse qui serait leur part dans l’autre ; ils ont consenti, en l’attente des douceurs paradisiaques, à plier sans se plaindre, devant le fort qui tyrannise.

« La haine de l’injustice est singulièrement diminuée par l’assurance des compensations d’outre-tombe », dit Ernest Renan. Qu’importent en effet, pour ceux qui croient à une survie éternelle durant laquelle régnera l’immuable et souveraine équité, qu’importent les si brèves iniquités terrestres dont la mort libère ? La foi en l’immortalité de l’âme est une conseillère de résignation ; cela est si vrai que l’on voit l’intransigeance judaïque s’apaiser à mesure que s’affirme en Israël le dogme de la pérennité.

Mais cette idée de la continuité et de la persistance de la personnalité ne contribua nullement à la formation de l’être moral chez les Juifs. Primitivement, ils ne partagèrent pas les espérances des Pharisiens