Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/320

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


soi-même un bonheur. Quand l’Ecclésiaste[1], en une brève minute, déclara que le jour de la mort était préférable à celui de la naissance, il était troublé par la pensée hellène, et son aphorisme n’avait qu’une valeur individuelle. La vie, selon l’Hébreu, doit donner à l’être toutes les joies et ce n’est que d’elle qu’il doit les attendre.

Par opposition, la mort est le seul mal qui puisse affliger l’homme, c’est la plus grande des calamités ; elle est si horrible et si épouvantable qu’être frappé par elle est le plus terrible des châtiments. « Que la mort me serve d’expiation », disait le mourant, car il ne pouvait concevoir de punition plus grave que celle qui consistait à mourir. L’unique récompense qu’ambitionnaient les pieux était que Iahvé les fît mourir rassasiés de jours, après des années passées dans l’abondance et la jubilation.

D’ailleurs, quelle autre récompense que celle-là eussent-ils attendue ? Ils ne croyaient pas à la vie future, et ce n’est que tardivement, sous l’influence du Parsisme peut-être, qu’ils admirent l’immortalité de l’âme. Pour eux l’être finissait avec la vie, il s’endormait jusqu’au jour de la résurrection, il n’avait rien à espérer que de l’existence, et les peines qui menaçaient le vice, comme les satisfactions qui accompagnaient la vertu, étaient toutes de ce monde.

La philosophie du Juif, ou pour mieux dire son eudémonisme, fut simple ; il dit avec l’Ecclésiaste : « J’ai reconnu qu’il n’y a de bonheur qu’à se réjouir

  1. Ecclésiaste, XVII, 1.