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ment[1]. Ce ne fut pas le cas, et le milieu social et politique fut pour eux le même partout. En Espagne, en France, en Italie, en Allemagne, en Pologne, la législation contre les Juifs fut identique, chose très explicable puisque ce fut, en tous ces pays, une législation inspirée par l’Église. Le Juif fut soumis aux mêmes restrictions, les mêmes barrières furent élevées devant lui, il fut régi par les mêmes lois. Il s’était déjà mis à part, on le mit à part ; il s’était efforcé de se distinguer, on le distingua, il s’était retiré dans sa demeure pour pouvoir accomplir librement ses rites, on l’enferma dans les ghettos. Le jour où le Juif fut emprisonné dans ses juiveries, ce jour-là il eut un territoire, et Israël vécut absolument comme un peuple qui aurait une patrie, il garda, dans ses quartiers spéciaux, ses coutumes, ses mœurs et ses habitudes séculaires, précieusement transmises par une éducation que dirigeaient en tous lieux les mêmes principes invariables.

Cette éducation ne conservait pas seulement les traditions, elle conservait la langue. Le Juif parlait la langue du pays qu’il habitait, mais il ne la parlait que parce qu’elle lui était nécessaire dans ses transactions ; rentré chez lui il se servait d’un hébreu corrompu, ou d’un jargon dont l’hébreu faisait la base. Lorsqu’il écrivait, il écrivait en hébreu, et la

  1. Si je parais dire là que tous les Juifs sont semblables physiquement, je veux parler seulement de la physionomie générale qui leur est commune sans préjudice des différences que j’ai exposées.