Ouvrir le menu principal

Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/294

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


existe, elle réagit à son tour sur le cerveau de chacun et c’est cette conscience de la nationalité, la dernière formée, qui est aussi la dernière à disparaître, lorsqu’ont disparu le territoire, les mœurs, les usages, les coutumes, la religion et que la littérature ne vit plus.

Il existe donc des nations. Ces nations peuvent parfois n’être pas constituées sous un même gouvernement, elles peuvent avoir perdu leur patrie, leur langue, mais tant que la conscience qu’elles ont d’elles-mêmes et de cette communauté de pensée et d’intérêts, qu’elles représentent par le décor fictif de la race, de la filiation, de l’origine, de la pureté du sang, tant que cette conscience n’a pas disparu, la nation persiste.

Prenons maintenant le Juif. Nous avons vu qu’il n’est pas, en tant que race, et ceux-là qui disent : « Il n’y a plus de peuple juif, il y a une communion juive, étroitement unie à une race[1] », se trompent. Il nous reste à nous demander si le Juif ne fait pas partie d’une nation, nation composée d’éléments divers, comme toutes les nations, mais ayant quand bien même une unité. Or, si nous mettons à part les Falachas de l’Abyssinie, quelques tribus juives nomades peu connues de l’Afrique, les Juifs noirs de l’Inde et les Juifs de Chine, nous constatons qu’à côté des différences, signalées déjà, qui distinguent

  1. A. Franck : Annuaire de la Société des Études juives, IIe année, conférence sur La Religion et la Science dans le Judaïsme.