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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/293

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vidus qui les composent ; c’est le fonds commun sur lequel ont été bâtis des édifices différents ; c’est une des notions fondamentales à laquelle bien d’autres ont été ajoutées, qu’on a travaillées différemment, mais qu’on trouve aux assises des sociétés modernes. Le christianisme a été un des éléments fixes de l’esprit des divers peuples de l’ancien et du nouveau continent, mais ce sont les mœurs, les coutumes, l’art, la langue et les mille idées propres qu’elle génère par la littérature et la philosophie, qui ont différencié les peuples et créé leur personnalité. Ce qui fait la dissemblance des individus, c’est la façon différente dont ils interprètent des idées générales et communes, la façon différente aussi dont ils sont impressionnés par les phénomènes, et la manière dont ils les traduisent. Il en est de même des collectivités. Elles se composent d’êtres variés, dont chacun il est vrai a son essence propre, mais qui, tous, suivent certaines directions communes. Qu’est-ce qui donne ces directions ? c’est la langue, puis encore les traditions, les intérêts et les destinées historiques appartenant en commun à tous ces êtres. Mais à cela il faut ajouter, ainsi que le dit Mancini, la conscience de cette communauté. Cette conscience s’est élaborée lentement, au cours des âges, à travers les mille chocs extérieurs, les mille luttes intestines, mais le jour où les nations ont eu conscience d’elles-mêmes, ce jour-là seulement elles ont existé, et cette conscience, une fois née, a été un facteur de plus de la nationalité. Sans elle, il n’est pas de nationalité ; mais dès qu’elle