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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/292

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à se grouper, ou bien une langue tend à devenir prépondérante et à ruiner les autres. La religion a jadis été une des plus importantes forces qui contribuèrent à former les peuples. Il nous est impossible de nous représenter ce que furent Rome, Athènes ou Sparte, si nous négligeons les dieux de l’Olympe et ceux du Capitole ; il en est de même de Memphis et de Ninive, de Babylone et de Jérusalem, et que devient la société du Moyen Âge si nous faisons abstraction du christianisme ? L’action de la religion a été prépondérante pendant de longs siècles, elle n’a plus qu’une force extrêmement restreinte depuis quelques années, et ce n’est que dans certains pays, la Russie par exemple, que l’unité de foi est poursuivie et qu’on en fait un des éléments constitutifs et indispensables de la nationalité. Ailleurs, la multiplicité des confessions religieuses n’est pas un obstacle a l’unité ; cependant il est bon d’ajouter, que dans tous les pays d’Europe, la religion fut la première unité connue, et que tous les États et tous les peuples européens, en mettant à part l’Empire ottoman, furent d’abord des états et des peuples chrétiens. La Réforme fut le dernier effort unitéiste religieux, et, après les guerres de religion, les édits de tolérance marquèrent la fin de la domination des dogmes sur les nationalités. Cependant, le christianisme a laissé son empreinte sur les mœurs, les coutumes, la morale. De quelque façon qu’on en juge les principes, la métaphysique, l’éthique, il a été un des plus importants facteurs des nations européennes et des indi-