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cette « communauté d’hommes unis et organisés en État ». Ainsi qu’on le voit, on ne réussit à différencier le peuple de la nation qu’en faisant intervenir, soit une unité territoriale comme Littré, soit une unité statale comme Bluntschi, c’est-à-dire une chose extérieure, ou au-dessus de ceux qui composent ce peuple et cette nation que l’on peut en réalité identifier.

Résumons-nous. On appelle coutumièrement nation une agglomération d’individus, ayant une race, un territoire, une langue, une religion, un droit, des usages, des mœurs, un esprit, une destinée historique communs. Or, nous avons vu que la race commune, la race innée, la race signifiant même origine et pureté de sang n’était qu’une fiction ; l’idée de race n’est pas nécessairement liée au concept de nation, la preuve, c’est que les Basques, les Bretons, les Provençaux, quoique étant fort différents anthropologiquement, appartiennent quand même tous à la nation française. Quant à la communauté territoriale, elle n’est pas nécessaire non plus ; les Polonais, par exemple, n’ont pas de territoire commun et cependant il existe une nation polonaise. La langue semble n’être pas non plus indispensable, et l’on peut en effet invoquer le cas de la Suisse, de l’Autriche, de la Belgique, pays dans lesquels on parle deux ou plusieurs langues, mais ces pays, sauf la Suisse, organisée fédérativement, nous permettent d’affirmer au contraire que la langue est bien un signe de nationalité puisque, dans tous, ceux qui parlent la même langue aspirent