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daïsme se propagea avec la même puissance qui caractérisa plus tard le christianisme et l’islamisme. Rome, Alexandrie, Antioche, où presque tous les Juifs étaient des gentils convertis, Damas, Chypre furent des centres de fusion : je l’ai montré déjà[1]. De plus, les conquérants Haschmonides obligèrent les Syriens vaincus à se faire circoncire ; des rois, entraînant leurs sujets avec eux, se convertirent, comme la famille de l’Adiabène, et, dans certains cantons de la Palestine même, la population fut très mêlée, ainsi en Galilée, dans ce « cercle des gentils » où devait naître Jésus.

Après l’ère chrétienne, la propagande juive ne cessa pas, elle s’exerça même par la force et quand sous Héraclius, Benjamin de Tibériade conquit la Judée, les chrétiens palestiniens se convertirent en masse. C’est la persistance, la continuité de cette propagande qui fut, comme je l’ai dit, une des causes de l’antisémitisme théologique. Pendant des siècles, les conciles légiférèrent et des mesures furent prises pour empêcher les Juifs d’attirer les fidèles à eux, pour leur défendre de circoncire les esclaves, pour leur interdire de se marier à des chrétiens. Mais jusqu’au moment des persécutions générales, c’est-à-dire quand il devint par trop dangereux d’être juif, les prescriptions canoniques furent impuissantes à arrêter ce prosélytisme, et parfois, lorsqu’un gros événement surgit, lorsqu’un scandale éclate, nous pouvons voir la propagande juive à l’œuvre. C’est

  1. Voir ch. II, ch. III et chap. IV.