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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/28

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Ils étaient arrivés à leur but. Ils avaient retranché Israël de la communauté des peuples ; ils en avaient fait un solitaire farouche rebelle à toute loi, hostile à toute fraternité, fermé à toute idée belle noble ou généreuse ; ils en avaient fait une nation misérable et petite aigrie par l’isolement, abêtie par une éducation étroite, démoralisée et corrompue par un injustifiable orgueil[1].

Avec cette transformation de l’esprit juif, avec la victoire des docteurs sectaires, coïncide le commencement des persécutions officielles. Jusqu’à cette époque, il n’y avait guère eu que des explosions de haines locales, mais non des vexations systématiques. Avec le triomphe des Rabbanites, on voit naître les ghettos, les expulsions et les massacres commencent. Les Juifs veulent vivre à part ; on se sépare d’eux. Ils détestent l’esprit des nations au milieu desquelles ils vivent : les nations les chassent. Ils brûlent le Moré : on brûle le Talmud, et on les brûle eux-mêmes[2].

  1. « L’insolentia Judaeorum » dont parlent Agobard, Amolon et les polémistes du Moyen Age, ne signifie pas autre chose que l’orgueil des Juifs qui se croient toujours le peuple élu. Cette expression n’a pas le sens que lui confièrent les antisémites modernes, qui sont d’ailleurs d’assez médiocres historiens.
  2. On objectera à cela les dispositions des lois romaines, les prescriptions wisigothiques et celles des conciles, mais presque toutes ces mesures proviennent principalement du prosélytisme juif, et ce n’est qu’à la fin du XIIIe siècle que l’on sépara radicalement et officiellement les Juifs des chrétiens, par les ghettos, par les signes infamants (roue, chapeau, cape, etc.). Voir Ulysse Robert, Les signes d’infamie au Moyen Age, (Paris, 1891).