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à proprement parler, qu’il n’y a pas de race. "L’unité manque, affirme M. Topinard[1], les races se sont divisées, dispersées, mêlées, croisées en toutes proportions, en toutes directions depuis des milliers de siècles ; la plupart ont quitté leur langue pour celle de vainqueurs, puis l’ont abandonnée pour une troisième, sinon une quatrième ; les masses principales ont disparu et l’on se trouve en présence, non plus de races, mais de peuples." Par conséquent, la classification anthropologique de l’humanité n’a aucune valeur.

Il est vrai que les partisans de la hiérarchie ethnologique s’appuient, à défaut de caractères anthropologiques, sur des caractères linguistiques. Les langues étant classées en monosyllabiques, agglutinantes, flexionnelles et analytiques, d’après leur évolution, on a établi, selon ces diverses formes du langage, l’élection ou la réprobation de ceux qui les parlent.

Toutefois cette prétention n’est pas soutenable, car les Chinois, dont la langue est monosyllabique, ne sont inférieurs ni aux Yakoutes ni aux Kamtchalades, dont la langue est agglutinante, ni aux Zoulous qui parlent un idiome flexionnel, et il serait facile de démontrer que les Japonais et les Magyars, dont la langue est agglutinante, ne sont nullement inférieurs à certains peuples dits aryens, dont la langue est flexionnelle. Du reste, nous savons que le fait de parler un même idiome n’implique pas l’identité d’origine ;

  1. Dr P. TOPINARD : L’Anthropologie, Paris, biblioth. des sciences contemporaines, Reinwald édit.