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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/262

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façon. Si l’on admet le monogénisme, il est bien évident que les hommes descendant tous d’un couple commun, ont les mêmes propriétés, le même sang, la même constitution physique et psychique. Si au contraire on accepte le polygénisme, c’est-à-dire l’existence initiale d’un nombre indéfini et considérable de bandes hétérogènes peuplant le globe, il devient impossible de soutenir l’existence de races originairement supérieures ou inférieures, car les premiers groupements sociaux se sont effectués par l’amalgame de ces bandes humaines hétérogènes dont nous ne saurions déterminer et encore moins classer les qualités et les vertus respectives. « Toutes les nations, dit M. Gumplowicz[1], les plus primitives qui nous apparaissent aux premières lueurs des temps historiques, seront pour nous les produits d’un processus d’amalgamation (déjà terminé aux temps préhistoriques) entre des éléments ethniques hétérogènes. » Donc, si on se place au point de vue de l’identité d’origine, la hiérarchie ethnologique est inadmissible, et l’on peut affirmer, avec Alexandre de Humboldt, qu’il « ’n’y a pas de souches ethniques qui soient plus nobles que les autres. »

La race est d’ailleurs une fiction. Il n’existe pas un groupe humain qui puisse se vanter d’avoir deux ancêtres initiaux et de descendre d’eux sans que jamais l’apport primitif ait été adultéré par un mélange ; les races humaines ne sont point pures, c’est-à-dire,

  1. L. Gumplowicz : La Lutte des races (Paris, 1893).