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elle est née en Allemagne, et c’est aux Allemands que les antisémites français en ont emprunté la théorie.

C’est sous l’influence des doctrines Hégéliennes que fut élaborée en Allemagne cette doctrine des races, que Renan soutint en France[1]. En 1840, et surtout en 1848, elle devient dominante, non seulement parce que la politique allemande la mit à son service, mais parce qu’elle s’accorda avec le mouvement nationaliste et patriotique qui poussa les nations, et avec cette tendance à l’unité, qui caractérisa tous les peuples de l’Europe. Il faut, disait-on alors, que l’État soit national ; il faut que la nation soit une, et qu’elle comprenne tous les individus parlant la langue nationale et étant de même race. Plus encore, il importe que cet État national réduise les éléments hétérogènes ; c’est-à-dire les étrangers. Or, le Juif n’est pas un Aryen, il n’a pas les mêmes concepts que l’Aryen, concepts moraux, sociaux et intellectuels, il est irréductible ; on doit donc l’éliminer, sinon il ruinera les peuples qui l’ont accueilli, et, parmi les antisémites nationalistes et ethnologues, quelques-uns affirment que déjà l’œuvre est faite.

  1. Dans les dernières années de sa vie, M. Renan avait abandonné la doctrine des races, de leur inégalité et de leur supériorité ou infériorité réciproque. On trouvera ces théories très nettement et clairement exposées dans le livre, remarquable à bien des points de vue, de M. Gobineau : L’inégalité des races (Paris, Firmin Didot, 1884).